
« De la représentativité dans la composition du gouvernement en République Démocratique du Congo ». C’est le sujet au coeur d’une recherche de Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) présentée ce lundi 27 Avril 2026 à l’Université Pédagogique Nationale. Ce travail porte la signature du Chef de travaux, Isidore Abakwa Nzibo, Secrétaire Général en charge de l’enseignement au Département des Sciences Politiques et Administratives.
« À chaque annonce de gouvernement, les médias, les journalistes, l’opinion publique nationale et internationale, ainsi que les acteurs politiques de la majorité et de l’opposition, scrutent attentivement la répartition des portefeuilles ministériels. Les débats portent fréquemment sur l’origine provinciale, régionale ou linguistique des membres du gouvernement, afin d’évaluer le degré de représentativité territoriale et sociologique de l’exécutif. Parallèlement, d’autres analyses s’attachent à la question de l’efficacité gouvernementale qui est basée sur la compétence des ministres, dans un contexte où la faiblesse des performances institutionnelles, l’instabilité politique et les difficultés d’application des lois alimentent la demande d’une équipe dirigeante plus professionnelle et plus performante », a déclaré Isidore Abakwa Nzibo.
Avant de poursuivre : « La RDC, vaste État caractérisé par une grande diversité socioculturelle, plus de quatre cents groupes ethniques, quatre langues nationales et vingt-cinq provinces plus la ville-province de Kinshasa, fait face à des défis structurels en matière d’équilibre de la représentation. Cette pluralité, souvent regroupée en grands espaces géopolitiques (Grand Bandundu, Grand Équateur, Grand Kasaï, Grand Katanga, Grand Kivu, Province Orientale, Kongo Central et Kinshasa), complexifie la formation d’un gouvernement perçu comme équitablement représentatif. Malgré des avancées normatives en matière de parité et de promotion du genre, les femmes demeurent sous- représentées dans les gouvernements successifs de la Troisième République, tout comme dans les institutions parlementaires et provinciales. L’intégration d’acteurs issus de la Société Civile ou de l’opposition dans l’exécutif, bien que constitutionnellement possible, soulève également des interrogations quant à son impact réel sur la représentativité nationale et l’efficacité de l’action publique »

Incapacité à satisfaire pleinement les attentes
Le Chef de travaux Isidore révèle également dans sa recherche que « Depuis l’avènement de la Troisième République en 2006, les gouvernements successifs ont été régulièrement critiqués pour leur incapacité à satisfaire pleinement les attentes de certaines composantes de la population. Des déséquilibres perçus dans la répartition des postes ministériels entre provinces, régions ou catégories sociales ont alimenté frustrations et controverses. Entre les gouvernements Gizenga (2007) et Tshibala (2017), les critiques ont porté sur la faible représentation des femmes, des jeunes et de certaines provinces, nourrissant des débats récurrents sur la légitimité et l’équité de la composition gouvernementale »
Félix Tshisekedi à la Présidence : moment de raviver les attentes et le respect de l’équilibre national
« L’accession de Félix Tshisekedi à la présidence en 2019, à l’issue des élections de décembre 2018, a ravivé les attentes en matière de gouvernance inclusive et de respect de l’équilibre national tel que prévu par l’esprit de la Constitution de 2006. La formation des gouvernements Ilunga puis Sama Lukonde a ainsi été observée à l’aune de leur capacité à concilier représentativité territoriale, inclusion sociale et compétence technocratique », a-t-il enrichi.
Concilier exigences politiques, équilibres territoriaux et impératifs de compétence
Selon lui la formation du Gouvernement constitue un moment stratégique pour les deux chefs de l’exécutif, le Président de la République et le Premier ministre, qui doivent concilier exigences politiques, équilibres territoriaux et impératifs de compétence.

« Les profils retenus sont ainsi scrutés comme des indicateurs du style de gouvernance et des priorités politiques du régime. Si la démocratie représentative ouvre théoriquement l’accès à des profils « outsiders » issus de divers horizons, les ministres ne sont pas élus au suffrage universel. Leur nomination relève principalement de choix politiques opérés par l’exécutif, ce qui confère à la composition gouvernementale une dimension stratégique et parfois contestée. Les débats sur la représentativité portent alors moins sur la représentation directe que sur la capacité de l’exécutif à refléter la diversité sociale, régionale et politique de la nation, tout en assurant la compétence et l’efficacité de l’action publique », évoque le CT Isidore Abakwa Nzibo de l’Université Pédagogique Nationale.
