
En visite officielle en République Démocratique du Congo, le Directeur Exécutif de l’Human Rights Watch (HRW), Philippe Bolopion, a animé une conférence de presse tenue ce jeudi 21 Mai à Kinshasa au cours de laquelle son organisation a exprimé de vives préoccupations quant à la situation des droits humains dans le pays. Entouré de plusieurs experts de l’organisation, il a notamment dénoncé la multiplication des arrestations arbitraires, l’existence présumée de lieux de détention secrets et le rétrécissement de l’espace civique et démocratique.
Devant les journalistes, Philippe Bolopion a affirmé que Human Rights Watch avait recueilli de nombreux témoignages faisant état de personnes détenues hors du cadre légal, parfois dans des résidences privées, des hôtels ou d’autres sites non reconnus par le système judiciaire congolais. Selon lui, plusieurs détenus ignorent toujours les charges retenues contre eux, n’ont pas été présentés devant un magistrat et restent privés d’assistance juridique. L’organisation estime que ces pratiques sont incompatibles avec les principes de l’État de droit et a exhorté les autorités congolaises à y mettre fin sans délai. Au-delà de la situation à Kinshasa, les responsables de Human Rights Watch ont également dressé un tableau préoccupant de la crise sécuritaire dans l’est du pays.
La chercheuse principale sur la RDC, Janet Ngokadi, a évoqué les massacres perpétrés contre les civils par différents groupes armés, notamment les ADF, la CODECO et les FDLR. Elle a également souligné les conséquences de l’état de siège sur les libertés fondamentales, citant notamment l’arrestation récente de militants citoyens ayant manifesté pour réclamer l’accès à l’eau potable. Les échanges avec la presse ont également porté sur plusieurs cas emblématiques de disparitions et de détentions prolongées.
Interrogés sur le dossier de Denise Makajika, portée disparue depuis Mai 2024 selon sa famille, les représentants de Human Rights Watch ont indiqué avoir été saisis du dossier et avoir abordé cette question avec les autorités congolaises. L’organisation poursuit actuellement ses investigations afin de recueillir davantage d’informations et d’orienter ses démarches en faveur du respect des droits de la victime.Concernant les conflits armés dans l’est de la RDC, Human Rights Watch a réaffirmé sa volonté de documenter les violations commises par l’ensemble des parties impliquées.
L’organisation plaide pour le renforcement des mécanismes de justice et de lutte contre l’impunité, tout en encourageant la communauté internationale à prendre des mesures ciblées contre les responsables d’exactions

Elle a également salué certaines avancées observées récemment dans le Sud-Kivu, notamment les efforts judiciaires engagés contre certains combattants armés et la reprise de l’accès humanitaire dans des zones longtemps isolées.Malgré ses inquiétudes, Human Rights Watch a exprimé un certain optimisme fondé sur la résilience de la société civile congolaise. Philippe Bolopion a salué le courage des défenseurs des droits humains, des journalistes, des étudiants et des acteurs citoyens qui continuent de promouvoir les libertés fondamentales malgré un contexte marqué par les tensions politiques et sécuritaires. Il a insisté sur la nécessité de préserver les acquis démocratiques du pays et de garantir à tous les citoyens le droit de s’exprimer librement, de manifester pacifiquement et de participer pleinement à la vie publique sans crainte de représailles.
En clôture de la rencontre, l’organisation a réitéré son appel aux autorités congolaises afin qu’elles renforcent les institutions judiciaires, assurent le respect des droits fondamentaux et favorisent un climat politique propice au dialogue démocratique. Pour Human Rights Watch, la consolidation de l’État de droit demeure une condition essentielle pour répondre durablement aux défis sécuritaires et humanitaires auxquels la RDC continue de faire face.
