
Le partenariat entre l’Institut National du Bâtiment et des Travaux Publics (INBTP) de Kinshasa sous le leadership du Directeur Général le Professeur Cédric Tshibangu Munyenze et deux établissements tunisiens, l’École Supérieure d’Agriculture de Mograne (ESAM) et l’École Supérieure des Ingénieurs de Medjez El Bab (ESIM), entre dans une phase concrète. Par des correspondances officielles datées du 20 mai 2026, ces deux écoles ont accepté d’accueillir, pour l’année universitaire 2026-2027, dix Doctorants congolais de l’INBTP. La mobilité s’inscrit dans les conventions de partenariat signées entre les établissements. Elle traduit la volonté commune d’approfondir la collaboration pédagogique, scientifique et de développement.
Cette ouverture repose sur une base juridique solide en RDC. Par arrêté ministériel du 9 novembre 2021, le Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire a autorisé l’INBTP et l’Institut Supérieur d’Architecture et d’Urbanisme (ISAU) de Kinshasa à coorganiser les enseignements du troisième cycle (DEA et doctorat). Les filières concernées couvrent notamment le bâtiment et les travaux publics, la géomètre-topographie, l’hydraulique et l’environnement, le génie rural, l’urbanisme et l’architecture. Cet acte s’appuie sur le décret de 2015 fixant les critères d’organisation du troisième cycle. Il prévoit aussi un contrôle périodique de l’autorité de tutelle, qui peut retirer l’autorisation si les conditions requises cessent d’être remplies.
Les lettres d’admission sont adressées au Directeur Général de l’INBTP le Professeur Docteur Ingénieur Cédric Tshibangu, avec copie aux responsables de la recherche et de l’École Doctorale, au Secrétaire Académique de l’ECODOC et au point focal de la coopération avec la Tunisie. Ce circuit associe l’ensemble de la chaîne de gouvernance doctorale congolaise. Il garantit la traçabilité des admissions et l’implication des structures qui suivront les doctorants à leur retour. La présence du point focal, qui coordonne la relation avec les écoles tunisiennes, souligne le caractère institutionnel de la démarche plutôt que ponctuel.
À l’ESAM, rattachée à l’Université de Carthage, quatre Doctorants sont admis dans des thématiques liées à l’économie rurale, à la géologie et au changement climatique appliqué à la gestion de l’eau. Les sujets sont très ancrés dans les réalités congolaises : comparaison des rendements entre agriculture traditionnelle et agriculture irriguée moderne, valorisation du basalte dans le secteur agricole, étude hydrogéologique des nappes exploitées pour l’irrigation dans les zones maraîchères de Kinshasa. S’y ajoute une modélisation multi-physique du vieillissement des ouvrages d’art en milieu tropical humide, appliquée aux infrastructures critiques du Kongo-Central. Chaque thèse est encadrée par un directeur tunisien et un codirecteur congolais.
À l’ESIM, rattachée à l’Université de Jendouba, six Doctorants sont accueillis au sein du laboratoire Mécanique, Énergie et Agro-industrie. Quatre relèvent du génie topographique et de la géomatique, deux de l’hydraulique et de l’aménagement. Leurs travaux portent sur la cartographie des zones à risque d’inondation par télédétection et SIG, la modélisation hydrodynamique des crues urbaines, le rôle des zones humides dans la résilience urbaine, la gestion cadastrale et l’apport du GNSS et de l’imagerie aérienne à la prévention des inondations. Ces recherches s’attaquent à des défis concrets de la ville de Kinshasa, notamment les bassins versants de Makelele et de la N’djili et les communes de Maluku et de Ligwala.
Une lecture d’ensemble fait ressortir la cohérence scientifique de la cohorte. Les dix sujets convergent autour de trois enjeux : la gestion de l’eau et le risque d’inondation, la résilience des infrastructures et des territoires face au climat, et la modernisation des systèmes agricoles et fonciers. Le principe de codirection est appliqué partout. Il associe l’expertise méthodologique tunisienne à la connaissance du terrain congolais, ce qui favorise des thèses à la fois rigoureuses et utiles aux décideurs publics. Il constitue aussi un mécanisme de transfert de compétences vers l’INBTP.
Enfin, le calendrier et les démarches sont précis. Les doctorants de l’ESIM doivent transmettre leur dossier académique à la commission de thèse avant le 30 juin 2026 pour confirmer leur admission. Tous sont invités à arriver en Tunisie avant le 30 septembre 2026 pour finaliser leur sujet avec leurs directeurs. L’ESAM demande en outre aux candidats de contacter leur ministère de tutelle, afin que le document soit transmis au ministère congolais des Affaires étrangères puis à son homologue tunisien, pour activer les numéros des doctorants à l’Université de Jendouba. La réussite de cette première cohorte, qui pourrait faire de ce partenariat un modèle de coopération Sud-Sud, dépendra de la rigueur de ce suivi administratif et de l’accompagnement de chaque étape.
EK
