
La plaque est toujours visible à Muanda village, à l’écart du centre-ville et de la Route Nationale N°1. Un peu rouillée, mais lisible : « École Saint Louis, la première école primaire d’Afrique centrale ». Derrière elle, le décor fait mal : pas de clôture, la cour envahie peu à peu par des constructions d’habitation, des bâtiments négligés.
L’école fonctionne malgré tout. Mais des mois après le lancement solennel de la rentrée 2025-2026 par la Ministre d’État en charge de l’Education nationale, Raïssa Malu, le « lieu hautement symbolique » est retombé dans l’abandon.
En Septembre 2025, il y a eu des promesses devant des murs historiques
« Nous nous retrouvons dans un lieu hautement symbolique : l’École Saint Louis de Muanda, première école primaire d’Afrique centrale, inaugurée en 1889. Ces murs ont vu naître l’instruction dans notre pays et la sous-région, ils portent la mémoire d’un siècle et demi d’efforts, de luttes et de rêves », avait déclaré Raïssa Malu, Ministre d’État à l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté, depuis Muanda.
La Ministre ajoutait : « Cet héritage constitue un socle solide pour bâtir une école congolaise moderne, inclusive et tournée vers l’avenir », renseignent les témoignages.
À l’époque, la plaque avait été nettoyée, et les bâtiments, repeints pour la photo. Située près de la paroisse Notre-Dame de Grâce et de la Plage Tonde, Saint Louis, fondée vers 1889 par les Pères du Saint-Esprit, était présentée comme le point de départ de l’école primaire en Afrique centrale.
En Juin 2026, la ruine a repris ses droits !
Aujourd’hui, à 105 kilomètres de la ville de Boma, au bord de l’Atlantique qui a vu partir nos aïeux, la première salle de classe de toute l’Afrique centrale s’écroule à nouveau, silencieusement. Environs 146 ans après sa fondation, Saint Louis ressemble à une ruine. Le provisoire de la visite ministérielle en 2025 a cédé la place au permanent du délabrement.
Le paradoxe est criminel
Le lieu fondateur de notre éducation formelle est devenu le symbole de notre abandon éducatif. On entretient les ports, les universités, les routes. On oublie les écoles-mémoires. L’État retient Boma, capitale de l’EIC, dans les manuels. Muanda, elle, est doublement punie : d’abord par la traite des Noirs, ensuite par l’oubli.
Résultat : Une génération d’élèves Muandais étudie dans une école qui s’écroule, sans savoir qu’elle est un monument national. Comment exiger l’excellence à des enfants qui font cours sous des bâtiments négligés, dans la première école du pays ?
Saint Louis n’était pas neutre, elle ne l’est toujours pas !
À sa fondation, elle servait le projet colonial : former des auxiliaires. En 1960, l’indépendance a hérité des murs sans hériter de l’ambition. En 2025, la République a hérité du discours sans hériter du budget. Constat : On a nationalisé les bâtiments. On n’a pas nationalisé le projet. Saint Louis est devenue un bâtiment comme les autres. Donc un bâtiment qu’on laisse mourir à petit feu, même après la visite d’une Ministre.
Réparer ou assumer l’hypocrisie ?
Deux choix s’offrent, alors, à la Nation :
- Réparer pour de vrai : Classer Saint Louis « Site historique et Pôle d’excellence éducative d’Afrique centrale », la restaurer intégralement. En faire un lycée d’excellence scientifique et technologique. Que Muanda, qui a eu la première craie, forme des générations d’ingénieurs congolais.
- Assumer : Dire que l’histoire de cette école ne nous intéresse pas, et rayer la plaque. Parce que embellir un monument pour une visite et le laisser pourrir après, c’est cracher deux fois sur la mémoire.
Le colon a construit l’école à côté de la porte de l’exil. Nous l’avons laissée à côté de la porte de l’oubli. Un pays qui laisse mourir le lieu de sa première craie après en avoir fait un décor ministériel, signe l’acte de décès de son avenir. L’École Saint Louis à Muanda ne demande pas la pitié. Elle demande la justice.
